Le Matin 16 juin 2004
Un journaliste est de nouveau en prison. L'ignominie est décrétée justice, l'infâme est institué pouvoir judiciaire et la lâcheté portée en robe de la magistrature.
Jamais un homme de ma génération, de la même culture et de la même formation, n'a été si éloigné de mes attitudes et de mon action militante. Des mots violents ont été dits, des batailles rudes ont été menées et qui, probablement, ne s'éteindront pas de sitôt. Un homme peut être aux antipodes de votre action militante, il n'en reste pas moins qu'il est des moments où le devoir impose la solidarité avec ceux qui ont eu la certitude de leur conviction, comme moi de la mienne. Un journaliste est en prison, traîné dans le lieu même où devraient être certains magistrats et leurs maîtres. Cela suffit pour prendre la plume et dénoncer l'intolérable. Mohamed Benchicou est en prison, aux côtés de Hafnaoui Ghoul : deux journalistes touchés par l'insondable idiotie du Pouvoir et de sa magistrature.
Comme la bêtise se conjugue avec une régularité surprenante, je ne peux que répéter certains mots écrits à propos de Hafnaoui Ghoul dans les colonnes d'un autre quotidien : « A chaque fois qu'il s'est agi du même scandale, je n'ai jamais souhaité connaître le passé de l'homme ni le fond de l'affaire, car dès lors qu'un journaliste est touché par la bête immonde et ses magistrats, il n'y aucun doute de la certitude de l'injustice. Car si le droit et la morale devaient avoir leur place, il leur faudrait avoir le courage de condamner ceux qui sont libres et puissants et, pourtant, mille fois coupables de leurs actes publics et privés. Le courage des magistrats ne semble pourtant jamais les atteindre ni même les effleurer de la moindre enquête. »
Pourtant, ces membres éminents d'un pouvoir aussi meurtrier et stupide connaîtront un jour la promptitude d'un mandat d'arrêt, la déchéance humaine, puisque, contrairement à eux, nous nous abstenons de recourir à la peine capitale. Pour l'instant, deux journalistes sont en prison et nous ne pouvons rester insensibles quelles que soient les divergences d'attitude et politiques avec les uns et les autres. Qu'ils sortent vite, il faut libérer la place pour d'autres, beaucoup d'autres. Envers ceux-là, je m'abstiendrais par décence de dévoiler ma satisfaction le moment venu.
Que Mohamed Benchicou sache aller au-delà de sa colère et des mots politiques violents portés à son encontre, afin de réaliser combien je suis scandalisé par son incarcération.