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Pseudo: SID-LAKHDARCatégorie: PolitiqueRecommander ce blog
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Dimanche 15 Avril 2007
El Watan 26 décembre 2004
 
La loi française sur « les foulards » nous enseigne chaque jour, combien il faut être humble dans sa conviction laïque et républicaine, attitude qui n’est pas contradictoire avec un profond attachement à leurs valeurs(1), bien au contraire.
 

Et si la galette des rois(2) dans les cantines scolaires était jugée attentatoire à la loi sur la laïcité ? Ce n’est pas un fantasme que de l’imaginer, puisqu’une petite polémique a déjà vu le jour à propos du sapin de Noël et de certaines activités, comme la construction d’une crèche dans les établissements publics. Les trois mages, ne sont-ils pas ces trois rois errant dans le désert, guidés par une bonne étoile qui les mènera vers le Christ naissant, porteur au monde de la parole chrétienne ?

Moi, je veux bien croire que ces trois personnages brancardés avec talent au cinéma par les Inconnus, n’ont pas la même dangerosité que les pièces de tissu sur la tête de quelque trois jeunes filles(3). Le problème est que je n’ai rien lu dans le texte de loi en ce qui concerne l’appréciation de la dangerosité ni du caractère immoral des insignes religieux. Le législateur bannit des lieux publics tout signe, et en conséquence, toute manifestation ostentatoire de la religion, un point c’est tout !

Commémorer le périple biblique des trois mages par une distribution collective de galettes dans les cantines des établissements publics, n’est-ce pas ostentatoire(4) ? Ce n’est qu’une coutume culinaire, sympathique et anodine, nous répondrait-on. Alors pourquoi ne pas distribuer une galette de pain azime pour la Pâque juif ou une poignée de noix et de fruits secs pour le nouvel an musulman et ainsi de suite ? Après tout, on respecte la loi ou on ne la respecte pas. Que les farouches partisans d’une loi, légitime dans son principe mais stupide dans l’emballement malsain qu’elle a suscité, nous expliquent comment l’appliquer. Ceux qui sont montés sur leurs grands chevaux pour brandir la laïcité comme dogme républicain en oubliant qu’elle n’a été que pure façade pendant des décennies, car bien commode lorsque la République laïcise les signes et les événements de la religion dominante, que ceux-là nous édictent la jurisprudence à appliquer. Je leur souhaite bon courage.

Conformément aux discours très pompeux qui ont été tenus, je serai aujourd’hui enclin avec le même ton péremptoire, à demander pourquoi choisir les vacances scolaires en fonction de la naissance du petit Jésus, de la résurrection du même petit Jésus ou de la fête de Marie ? Les religions, ce n’est pas l’affaire des vrais laïcs, mais l’hypocrisie est la leur, lorsqu’elle s’érige en morale publique pour camoufler une situation bien embarrassante pour la loi de 1905(5). Le dogme était bien facile à évoquer lorsqu’il n’entravait pas le monopole de croyance et de culte.

Bien entendu, ce ton volontairement provocant sur un sujet futile n’est que prétexte. Personne ne pense, à moins qu’il ne soit atteint de débilité, à remettre en cause une tradition culinaire française très sympathique. Cependant, il faut s’attendre à un surgissement inévitable de questionnements bien plus graves de la part des gens bien intentionnés, comme de ceux qui le seront beaucoup moins.

La loi sur la laïcité a été la boîte de Pandore qu’il ne fallait surtout pas ouvrir. Car s’il faut respecter la loi française, un certain nombre de questionnements est légitime. Pourquoi l’argent public est-il dilapidé avec tant de publicité pour commémorer une fête religieuse chrétienne ? Pourquoi les édifices catholiques sont-ils encore subventionnés par l’Etat et les collectivités locales ? Pourquoi le culte lui-même l’est-il encore en Alsace ? Pourquoi les non-chrétiens doivent-ils demander une autorisation spéciale de congé pour les fêtes confessionnelles (accordées sous la réserve très pudique d’une non-perturbation du service) ? Et pourquoi ? Et pourquoi ? Et ainsi de suite...

La laïcité est un combat légitime pour beaucoup de démocrates (rappelons qu’elle a pour idée de favoriser la liberté des cultes et non le contraire dans l’esprit de ses fondateurs). Mais de la même manière qu’un certain nombre d’entre nous avaient demandé que l’on condamnât avec la plus grande sévérité, les islamistes autant que le régime militaire, nous demandons que la laïcité française aille jusqu’au bout de sa logique et permette l’équité. Pendant des décennies, cette dernière s’est honorée d’être un système unique au monde et dont le concept avait une vocation universelle. C’était oublier que cette laïcité était un leurre, puisque la République, comme je l’ai déjà dit, avait hérité de tous les attributs de la religion catholique. On comprend que dans ces conditions, il est facile de prétendre du bon droit de la République.

Laïc dans l’âme et dans les faits, je condamne sans hésiter les faux religieux comme les faux laïcs qui veulent, les uns et les autres, nous avilir par leur dogme. Pour le moment, une loi a été votée avec tambour et trompettes et s’il faut être républicain, il faut donc l’être réellement ou s’abstenir de brailler. La démocratie et la laïcité sont des attitudes beaucoup plus humbles et, de ce fait, beaucoup plus solides.

Notes

-  1) Il faut insister que beaucoup d’intellectuels, pourtant partisans farouches de la laïcité, ont émis des réserves appuyées quant à la provocation que suscitait cette loi et surtout à son inutilité.

-  2) Période commémorative en janvier de chaque année.

-  3) Je m’en remets aux instances religieuses musulmanes en France qui ont déclaré qu’il ne s’agissait pas d’une prescription obligatoire dans l’Islam.

-  4) Rappelons qu’il s’agit du terme choisi par le législateur français suite à l’affaire des foulards.

-  5) Loi française instituant la séparation de l’église et de l’Etat.

 

Dimanche 15 Avril 2007

El Watan  2007

A Baghdad, un homme vient d’être l’objet d’une barbarie immonde. Qu’importent ses crimes, qu’importe l’abjection que ressent l’auteur de ce présent article pour un être dont la brutalité a été innommable.

Un homme a été pendu par d’autres hommes dans un spectacle abject retransmis au monde entier pour assouvir la part sombre de chacun, apaiser les consciences et dissimuler la lâcheté. Que les partisans de la peine de mort se réjouissent ! Que les jeux du cirque débutent ! Que s’entendent les hurlements vengeurs d’une foule en délire et en mal de sensations ! Que l’on se délecte à la vue à la vue d’une exécution et que tous les fantasmes morbides soient à leur comble ! Les Etats-Unis, partisans farouches de la peine de mort, viennent de nous montrer un des échantillons de leur projet d’exportation de la démocratie. A la barbarie d’un homme, on répond par la barbarie d’un système. Tous innocents d’ailleurs, il n’y avait pas grand monde, hier encore, pour l’acclamer, l’aduler et le sanctifier, le maître tout-puissant de Baghdad. Ils étaient tous martyrs et innocents, entre les mains d’un seul homme, que pouvaient-ils faire ? Mais, après tout, nous rétorquent les défenseurs de la peine de mort, c’est au nom du peuple qu’est exécutée la sentence. Dans ce cas, qu’ils assument, qu’ils en soient les témoins et qu’ils participent à la besogne ! Que l’on coupe les mains et que l’on tranche les têtes en place publique, c’est bien ce qui se passe encore dans nombre de pays qui entretiennent avec nous d’honorables relations diplomatiques. On leur envoie même des pèlerins pour purifier leur âme dans un lieu sacré dont ils sont les gardiens. Que l’on organise, comme cela a été le cas récemment en Iran et en Afghanistan, un vaste rassemblement d’une foule hystérique où l’on mènerait le père de la victime au pied du condamné dont le cou est déjà paré du nœud de la corde. Ce père ayant lui seul le droit de pardonner dans l’ultime instant. Non seulement cette exécution et le show macabre de sa retransmission représentent le degré zéro de l’humanité mais elle ne sert à rien si ce n’est que d’empirer l’abîme sauvage dans lequel se débat la société irakienne. On répond à la barbarie par la barbarie, et c’est sur ce ciment que l’on veut bâtir une société juste et intelligente. Il y a du travail ! Puisque les défenseurs de la peine capitale soutiennent que le châtiment doit être proportionné au crime, la mort n’est-elle pas encore trop douce pour ce tyran qui en a exécuté des dizaines de milliers. Le juste châtiment pour ce roi de Baghdad ne serait-ce pas de le livrer à la foule ? Ce serait conforme à leur vœu d’équité. Qu’on l’insulte, qu’on le mutile, qu’on lui crache au visage, qu’on le torture en public et qu’on se réjouisse de son maintien en vie pour qu’il puisse encore et encore endurer la conséquence de ses actes. N’est-ce pas là la pénitence qu’un père, une mère ou une épouse puisse exiger comme légitime sentence ? Ce serait en effet conforme au principe de juste châtiment, puisque ces défenseurs souhaitent que l’on fasse preuve de moins d’angélisme lorsqu’il s’agit de la douleur des autres face à celle des victimes, et bien soit, c’est comme cela qu’il faut procéder et pas autrement. Si la réponse de l’humanité au crime doit être proportionnée, alors la peine de mort est en toute logique insuffisante pour le bourreau de Baghdad. Ainsi, le cas américain, car il s’agit bien de la justice américaine qui vient de sévir, est exemplaire car il nous rappelle que le degré de barbarie n’est pas toujours corrélé au niveau de développement. L’être humain, au fait de sa gloire sur le monde du vivant, se grise de son avancement technologique, se délecte de son savoir immense et s’épanche en autosatisfaction à propos de son degré de culture. Pourtant, il n’a pas avancé d’un pouce sur la question originelle que lui a posé le geste fatal que porta Caïn sur son frère Abel. Que les algériens se réjouissent, ils font partie de ces Etats qui n’ont pas renoncé à l’équité dans la réponse à la barbarie. Et tout le monde sait à quel point cela élève le niveau de conscience politique de nos dirigeants, annihile la corruption, supprime les meurtres et la misère sociale.

 

Dimanche 15 Avril 2007
 
Mohammed Samraoui, né en 1953, est engagé dans l’armée algérienne depuis 1974 et "a choisi" [1] le corps de l’innommable Sécurité militaire. Il témoigne aujourd’hui à la barre des repentis du crime d’Etat et publie aux éditions Denoël "Chronique des années de sang".
La lecture de son témoignage appelle trois commentaires qui relèvent successivement, de la nature ambiguë du regard qu’il porte à sa carrière, de l’analyse des faits révélés et de la valeur du témoignage quant à son exploitation.

Une repentance inexprimée.

Comme tous les repentis qui ont fait carrière dans l’organisation du crime d’Etat et de l’abjection, Mohammed Samraoui se présente à nous avec les arguments traditionnels d’ouverture :
"Je me suis engagé dans l’Armée populaire algérienne en juillet 1974. [...] Depuis 1992, bien que mon esprit ait à plusieurs reprises été traversé de doutes, je croyais participer au sauvetage de l’Algérie. Mais en 1995, j’ai été confronté à des preuves irréfutables de la machination contre le peuple. J’ai alors pris la décision, en mon âme et conscience, de rompre définitivement avec ce système..."

Il faut dire que Mohammed Samraoui en a mis du temps à s’apercevoir de ce que tous les algériens ont su depuis bien avant son entrée dans l’Armée pour servir les intérêts de son peuple comme il se plait à le dire avec insistance. Il est bien connu que l’on s’engageait en 1974 dans l’armée, au paroxysme du règne du Colonel Boumédiene, pour y accomplir un sacerdoce militant, pour y mener une vie humble de fonctionnaire au service des citoyens et pour y sacrifier son âme et sa vie pour la défense de leur liberté. Cela a du nous échapper à cette époque et Mohammed Samraoui fait bien de nous rappeler qu’il en était ainsi pour certains, c’est-à-dire pour lui-même. Nous n’avons pas du les voir ou su les entendre ces bonnes âmes de la Sécurité militaire, ces cœurs purs. Il faut avouer, à notre décharge, qu’ils ont été extrêmement discrets dans le concert de tueries, de corruption et de terreur.

Mohammed Samraoui n’entendait pas servir son peuple dans l’ombre, il avait l’ambition de le servir dans ce qu’il y a de plus prestigieux, de plus utile et efficient, la Sécurité militaire. Comme chacun le sait, seuls ceux qui font preuve de zèle dans le dévouement au peuple peuvent prétendre y accéder.
Il témoigne aujourd’hui devant les victimes, devant l’histoire et devant sa conscience tardive avec un ton qui nous ferait presque croire à l’héroïque parcours d’un homme intègre, d’un homme trompé : "Par devoir de vérité envers la mémoire de toutes les victimes de cette guerre absurde, j’ai décidé de dénoncer dans ce livre les véritables auteurs du drame vécu par mon pays. Une sale guerre conduite par des généraux incompétents et assoiffés de pouvoir, qui fuient le devant de la scène pour masquer leur médiocrité et mieux ériger leur pouvoir sur les cadavres de leurs compatriotes".

Nous noterons ici combien il est douloureux dans le témoignage du repenti de reconnaître que les crimes d’Etat ne sont possibles que si des milliers de serviteurs zélés y participent avec une compétence et une constance étonnante comme l’affirmait Hanna Arentz, sociologue, à propos du nazisme. Chacun participant à une tâche morcelée ne pense pas être responsable d’un tout voué à la barbarie d’Etat. Mohammed Samraoui, comme tous les repentis du crime d’Etat, ne fera pas le saut de la reconnaissance criminelle de son acte et s’en déchargera sur ses supérieurs comme dans le procès de Nuremberg. C’est oublier trop facilement le grade de sa fonction et la responsabilité collective du corps auquel il appartenait.

Mohammed Samraoui est donc victime d’une machination qui a trompé sa naïve quête de participation au bien de ses concitoyens. A aucun moment sa repentance n’est pourtant exprimée clairement comme nous souhaiterions qu’elle fût en de pareilles circonstances : "J’ai voué ma carrière aux crimes les plus atroces, à la barbarie la plus abjecte et je viens aujourd’hui supplier l’humanité de m’en pardonner". Non, Mohammed Samraoui ne demande pas pardon, il explique froidement son erreur et sa crédulité comme s’il s’était agit d’un manque de vigilance sur le choix de ses fréquentations.

L’aveu ainsi fait, sans demande de pardon, reste, pour utile qu’il soit comme nous l’affirmerons plus loin, d’une obscénité insultante [2].

La conclusion de l’auteur est une litanie autour d’un mot d’ordre : "Il est temps de dire halte aux crimes contre l’humanité perpétrés par ces hommes contre le peuple algérien [...]. Il est temps de dire halte à l’impunité dont jouit cette poignée de criminels qui disposent de l’Algérie et de ses richesses comme d’un bien personnel qu’ils se partagent, alors que le peuple vit dans une misère indescriptible [...]. Il est temps de dire halte à ces généraux manipulateurs qui disposent à leur guise des institutions de la République pour les travestir [...]..."

Nous aurions aimé qu’il nous dise tout simplement "pardon pour mon crime, moi qui ait été un officier supérieur, conscient de mes actes et responsable jusqu’à 1992, date de mon réveil, quarante ans après que le dernier des crétins en Algérie s’était déjà aperçu de la supercherie".

L’autopsie d’un "sal métier".

L’émoi qu’a suscité la sortie du livre s’explique par l’incroyable succession de révélations et de détails qui nous permettent de mieux comprendre l’une des organisations du crime les plus féroces. Avant d’en rappeler l’essentiel il est nécessaire de proclamer que Mohammed Samraoui ne nous apprend rien quant au fond de la terreur engendrée par la Sécurité militaire dont il a fait son métier. Il témoigne, un point c’est tout.

D’autre part, la précision du témoignage et la quantité invraisemblable de révélations prouvent l’implication directe du témoin ou tout au moins sa responsabilité au plus haut niveau. Mohammed Samraoui ne peut en même temps arguer de l’authenticité des faits et de son niveau d’exécutant, niveau qui ne saurait être détenteur d’informations si sensibles et précises.

Les révélations débutent avec une rencontre qui fera basculer le comportement de Mohammed Samraoui, de fonctionnaire du crime à celui de combattant des droits de l’homme, au pourfendeur des régimes assassins. En septembre 1995, il rencontre à Bonn le général Smail Lamari, dit "Smain", numéro 2 des services secrets algériens, la "fameuse Sécurité militaire, la SM" [3]. A ses côtés, le colonel Rachid Laali, dit "Attafi" et le colonel Ali Benguedda, dit "Petit Smain". Deux officiers qui sont décrits comme les plus dévoués au général Smain. [4]

"Il faut clouer le bec à ces salauds qui mettent l’Algérie à feu et à sang, et nous empêchent d’obtenir un soutien international. Le spectre de l’intégrisme et d’une république islamique en Algérie qui déstabiliserait le Maghreb et l’Occident ne semble pas convaincre nos partenaires européens. Il faut un événement fort pour secouer leur conscience, comme ce fut le cas avec les français". Ces personnages lui demandent donc tout simplement d’organiser l’assassinat de Rabah Kebir et Abdelkader Sahraoui.

Trop c’est trop et le voilà qui témoigne aujourd’hui dans une boulimie de révélations dont les principales sont :
• L’arrêt du "processus électoral" en 1991 qui fut bien un coup d’état organisé par les services de la sécurité militaire.
• L’assassinat de Mohammed Boudiaf ne fut ni plus ni moins de sa responsabilité.
• La création du GIA aurait été organisée pendant l’été 1991, en présence de Mohammed Samraoui par le commandant Guettouchi Amar (et qui fut tué dans une opération anti-terroriste à Telemly).

Près de trois cent pages suffisent à peine à relater les missions spéciales, les assassinats, les complots et les manipulations dont le peuple algérien avait la certitude. Je renvoie le lecteur au texte pour les précisions qui n’ont d’autre intérêt que celui de produire le fondement du témoignage. En fait le lecteur n’apprendra rien quant à l’essentiel mais sera convié à une visite guidée "portes ouvertes" dans le mécanisme intime d’une machine à produire la terreur.

L’utilité de l’aveu.

Mohammed Samraoui nous dit sa vérité. Nous en prenons acte et l’écoutons avec intérêt car son témoignage est utile pour les raisons que chacun sait.
Utile tout d’abord parce qu’il permet à l’opinion internationale de se convaincre de ce qu’elle refusait d’imaginer (ou ne voulait pas entendre). Le témoignage d’un protagoniste du pouvoir sanglant algérien est autrement plus lourd que les milliers de voix d’opposants qui n’ont pu convaincre (car leur vérité n’arrangeait pas).

Utile car le droit nécessite la production de preuves et de témoignages circonstanciés. La justice ne peut se baser sur une accusation collective sans matérialité. Nous sommes des démocrates et nous nous devons de respecter les procédures, y compris pour les criminels.

Utile car l’histoire, comme la justice, doivent connaître avec précision les niveaux de responsabilité et le degré d’implication de chacun. L’histoire ne retiendra sans doute que les noms des plus hauts responsables, si ce n’est celui d’un seul. Mohammed Samraoui s’en sort bien de ce côté puisque l’histoire lui offrira à terme l’anonymat.

Mohammed Samraoui aura sans doute le bénéfice de son témoignage comme circonstance atténuante. Il n’en demeure pas moins qu’il n’effacera jamais le crime qu’il a commis en servant une organisation du crime et de la corruption.

Pour ma part, j’ai lu son témoignage avec intérêt et distance. Pour le reste, les démocrates diront qu’il appartient à la justice des hommes de se prononcer. Pour les croyants, à celle de Dieu. Je laisse Mohammed Samraoui se dépêtrer avec sa conscience qui, comme l’œil de Caien, ne le laissera probablement pas en paix. Il ne pourra en tout cas pas éviter sa complainte tant elle est composée de cris d’enfants qu’on égorge, de jeunes gens qui pleurent leurs papas disparus, de cris déchirants de mères et d’épouses. Sans compter le drame de mes compatriotes berbérophones ainsi que celui de tous les algériens qui en sont venus à s’entredéchirer par la faute d’un métier que Mohammed Samraoui a exécuté avec zèle et brio jusqu’à en devenir un officier émérite.

Je garderais, après cet article, le silence du mépris pour l’auteur et le silence de l’hommage respectueux aux victimes de ces bourreaux qui ont aujourd’hui l’éloquence et le verbe facile.

(*) Enseignant. Membre de l’opposition algérienne.


 

[1] Il y a d’ailleurs dans l’ouvrage de Mohammed Samraoui une contradiction, souvent énoncée ou sous-entendue, entre "j’ai choisi" et "j’ai été affecté à ce service".

[2] L’obscénité dans cette histoire ne relève pas seulement du manque de repentance dans le témoignage de l’auteur mais aussi de l’attitude ostentatoire des polémiques entre des personnes dont nous aurions préférés qu’elles se taisent tant leur passé est suspect. C’est ainsi que nous pouvons lire sur le site agirpourlalgerie.com l’une des polémiques qui étale sans pudeur un débat houleux entre Hichem Aboud et Mohammed Samraoui.

[3] On note avec humour, ou colère, combien Mohammed Samraoui est conscient de la réputation de son métier et le qualifie de l’expression populaire courante. Le descriptif semble être détaché comme s’il n’avait jamais participé à cette diabolique organisation ou en était prisonnier contre son gré.

[4] C’est souvent que le tragique est associé à l’humour. Ces surnoms haut en couleurs sont aussi grossiers et risibles que les membres de la pègre à Pigalle dans un mauvais scénario à la Audiard. Ils sont aussi grossiers et bêtes que leur surnom, mais tellement dangereux !

Dimanche 15 Avril 2007

Libération 2-3 septembre 2001

Les généraux sont aujourd'hui bousculés, obligés de se défendre des attaques répétées.
Une chance à saisir

 défendreLes dieux mythiques de l'Algérie ont aujourd'hui des visages, ils dénoncent directement, invectivent et menacent à visage découvert. Ils portent plainte devant les tribunaux et se justifient chaque jour dans la presse. Ils ont donc une existence, se personnifient et se désacralisent. Ils font même état de leur colère, de leur analyse et de leurs craintes, ce qui était encore, il y a quelques années, impensable de leur part.
Le plus agité de tous en ce moment est le général Nezzar, qui multiplie les sorties médiatiques. Il vient de convoquer la presse à grand bruit pour déclarer son intention de porter plainte en diffamation devant les tribunaux français contre Habib Souaidia, ancien militaire et auteur de la Sale Guerre, livre dans lequel sont portées de très graves accusations contre la haute hiérarchie militaire. Mais d'autres généraux ont aussi choisi la voie des tribunaux ou celle des interviews dans la presse pour se défendre et fustiger le complot des islamistes, la manipulation de l'étranger, etc.
Fait nouveau, ces monstres froids laissent donc transparaître leur agacement, si ce n'est leur profond malaise, alors qu'ils ne se seraient jamais abaissés autre fois à répondre directement et aussi abondamment Signe des temps, les généraux algériens ne semblent plus reclus dans une cité interdite où leur pouvoir se nourrissait du fantasme et de l'occulte.
Silhouettes furtives, ils étaient reconnaissables dans les cérémonies officielles par leurs célèbres Ray-Ban et les courbettes qu'ils font au Président du moment Un rôle de paravent dangereux puisque depuis le coup d'Etat militaire de 1991, deux Présidents ont été "démissionnes", un autre assassiné, et rien n'indique une tendance à l'inversion des statistiques.
Cette descente des dieux dans le monde séculier des Algériens est l'un des premiers signes qui peut faire entrevoir l'espoir qu'un jour ils se débarrasseront de leur tutelle sanglante. Depuis quelque temps, en particulier à cause de la révolte qui sévit en Kabylie et dans d'autres régions, ces généraux sont privés de leurs relais traditionnels et particulièrement de celui du chef de file des "éradicateurs". Quant à la menace du GIA, si l'argument reste porteur, plus
personne à l'étranger n'est prêt à cautionner le régime algérien sans qu'il ait levé le voile sur des zones d'ombres troublantes.
Le général Nezzar se dit prêt à venir en France pour soutenir sa plainte et se. Nous osons à peine y croire, car la dernière fois, il a disparu à la seconde même où il apprenait la recevabilité de la plainte d'un certain nombre de familles de disparus. S'il change d'avis, nous l'attendons de pied ferme et ne manquerons pas de lui expliquer ce qu'est une cour de justice et les procédures d'un monde dont il ne soupçonne même pas l'existence, l'Etat de droit. Habitués depuis trop longtemps à ce que leur apparition crée autour d'eux le silence et la servilité que suggère la terreur, ils ne peuvent concevoir qu'il puisse en être un jour autrement. A ce nouveau jeu qu'ils sont contraints de jouer, peut-être avons-nous enfin une petite chance.

 
Dimanche 15 Avril 2007

El Watan Edition du 7 avril 2007

Voilà de nouveau des élections, voilà donc venu le temps pour accorder à notre bonne et vieille dictature le sceau de la légitimité. Une procédure que l’opinion internationale exige, de pure forme, juste pour la bonne conscience des professionnels du discours humaniste qui ne supportent pas l’odeur nauséabonde des contrats qu’ils signent de leur propre main.

 

 

 

 

Comme depuis de nombreuses années dans les colonnes de ce quotidien, c’est aux plus faibles et particulièrement à ceux qui subissent doublement le poids de l’injustice, que je m’adresse, mes compatriotes berbérophones. Je tiens à reproduire l’une de mes premières communications à leur égard, en guise d’apport à cette campagne électorale d’un autre monde. Qu’on ne limite pas le discours envers les berbérophones à un combat spécifique, car, au-delà de ma solidarité envers eux, réelle et sincère, c’est le combat contre cet immonde régime politique qui s’exprime. A chaque réminiscence de la douleur de mes compatriotes berbères, j’éprouve donc le souhait et le devoir de leur témoigner mon entière solidarité. Dans ces moments, j’ai envie de leur répéter inlassablement, si mon engagement militant ne le prouvait déjà, que leur douleur est la mienne. J’ai envie de leur dire, avec l’humilité et la pudeur que les événements exigent, que je les respecte avec la même intensité que toute partie de mon identité. Lorsque l’occasion m’en a été souvent donnée dans ce journal en particulier, j’ai toujours débuté mes paroles en rappelant que je suis Algérien et donc également citoyen de Kabylie, de droit et de cœur. J’ai cette naturelle impression que je suis parmi les miens, lorsque je m’adresse à eux. Ma position serait identique quels que soient le lieu et la communauté, de surcroît lorsque cette dernière a le sentiment de subir une humiliation. Il est intolérable pour tout démocrate de voir cautionner le crime perpétré contre le droit à vivre son identité. Nul n’est né sur cette terre d’Algérie pour imposer aux autres son point de vue sur ce que sont et doivent être la culture et la langue dominantes. Nul ne peut annihiler le droit à quiconque de parler et de s’épanouir avec la langue transmise par ses parents, de perpétuer des pratiques, d’honorer des conventions et de tout simplement vivre sa vie comme on le ressent et comme on l’a héritée. La nation est une communauté de destins, pas un goulag où le plus fort imposerait au plus faible sa conception des choses. Car, s’il fallait imposer des critères stupides comme celui de l’antériorité ou celui de l’histoire pour imposer une culture dominante, certains n’y trouveraient justement pas leur compte. Mais au moment où j’écris ces mots, comme à chaque fois que je l’ai fait dans le passé, j’ai en même temps conscience que les discours de fraternité ne suffisent plus à nos compatriotes bafoués dans ce qu’ils ressentent au plus profond d’eux-mêmes. Ils ont raison, car le discours doit être suivi d’actes concrets et les événements récurrents de Kabylie, de plus en plus sanglants, en démontrent l’urgence. La langue et la culture berbères doivent non seulement être reconnues dans les textes, ce qui est le pas le plus facile, mais aussi et surtout dans les cœurs, ce qui serait plus probant. Contrairement aux espoirs de certains, une simple inscription dans la Constitution, sans autre rapprochement dans les esprits et les cœurs, ne serait que la transposition dans le texte d’un rapport de force qui s’exprime bien dangereusement dans la réalité quotidienne. Mais que faire, lorsqu’on a la seule représentativité de soi-même ? Hurler son indignation devant la bêtise n’a pas suffi. Militer aux plus hautes responsabilités, quelles soient politiques ou associatives, n’a pas plus donné de résultats. Prendre sa plume pour témoigner de son soutien n’en aura probablement guère beaucoup plus comme à chaque fois, mais le devoir et la morale l’exigent. Dès le début, lorsqu’il s’est agit de prendre position pour la reconnaissance de l’identité pleine et entière de mes compatriotes, je n’ai pas hésité un seul instant. Mais combien de déceptions a-t-il fallu surmonter pour finalement n’avoir, seul dans son coin, que la force de l’indignation. Que faire et que dire, lorsque des compatriotes berbères se précipitent dans les bras du pouvoir pour le soutenir et le légitimer ? La colère intérieure est grande, lorsqu’en même temps, il faut s’imposer la rigoureuse règle de ne jamais rappeler à une communauté qui souffre les errements de certains. La faute commise par ces derniers est une faute qui est subie par tous les Algériens et ne peut être imputée à la Kabylie. Mais comme la tentation est grande pour les tenants d’une culture arabo-musulmane unifiée de rappeler cette triste vérité, je ne peux entièrement l’éloigner de ma pensée. Nos compatriotes berbères ont besoin que s’exprime envers eux un appel du cœur et des actes concrets. Je n’ai, pour ma part, à leur dire qu’une seule chose : « Je vous aime ». Car, à l’instar d’une mère, une nation ne peut laisser souffrir l’un de ses enfants sans lui rappeler sa profonde affection. Et jusqu’à preuve du contraire, cette nation, c’est nous.

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